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Dimanche 18 mai 2008 7 18 /05 /Mai /2008 15:45

Le fado peut-il se danser ?

Le fado est connu aujourd’hui comme un chant et un genre musical de la culture Portugaise exaltant la Saudade ( sentiment ambigu fait de tristesse et de joie ). Cependant le fado  aurait une origine plus métissée : il serait né au Brésil sous forme d'une danse combinant le lundu et le fandango.

 

Pouvons-nous aujourd’hui danser le fado ? Son rythme et son chant mélancolique  peuvent nous faire penser à l’esprit du tango argentin. Nous pouvons rappeler ici la célèbre définition du compositeur Enrique Santos Discépolo : le tango est une pensée triste qui se danse. Peut-il en être de même du fado aujourd’hui. ?


Présentation du fado :

Le fado, chanson urbaine populaire de la ville de Lisbonne, a surgi, selon les sources existantes, dans la deuxième moitié du XIXè siècle. Le fado exprime une forme inégalable, jusqu’à aujourd’hui, mêlant des sentiments de fatalisme au destin sous-jacent du quotidien. Venu du latin fatum, il signifie destin. Le fado est le fruit de tous les métissages qui ont traversé le Portugal. Mélange de lundum, chant brésilien d’origine africaine ramené par les esclaves brésiliens vers 1822 au Portugal, et de modinha, chanson de salon de ce siècle, il se marie avec le fandango, danse portugaise originaire d’Espagne, et à la fofa, danse lusitanobrésilienne.
 Au même moment apparaît la guitare à douze cordes de la
famille des cistres qui accompagne le fado. Cette guitare a été introduite par la colonie britannique résidant à Porto. Originaire de Lisbonne et de Porto, le fado s’étend ensuite à Coimbra, longtemps première ville universitaire dans laquelle les étudiants chantaient des sérénades et des chansons satyriques. Vers 1830, le fado devient le chant des malfamés issus des quartiers populeux de la ville. Le rapport entre la voix et l’instrument devient alors direct, et le style vocal très expressif est sensé compensé les lacunes du vocabulaire populaire. Le peuple se réunit dans les bars pour écouter la légendaire fadiste Maria Severa Onofriana dite «la Severa». Cette prostituée de l’ancien quartier maure de la Mouraria sera assassinée en 1846. Quelques années plus tard, Alfredo Duarte Marceneiro, ébéniste naval, syndicaliste fameux, met le fado en scène, en inventant la tenue noire et l’attitude du fadiste qui chante les yeux fermés. Au XIXè siècle l’aristocratie et la bourgeoisie récupèrent cet art populaire. On distingue alors le fado de Lisbonne de celui de Coimbra, plus académique et intégrant le folklore campagnard à la poésie. Le fado aurait une origine maritime. Certains évoquent aussi la saudade, nostalgie, des marins éloignés pour de longs mois de leurs pénates.
 Le fado comporte une immense variété de litanies abordant invariablement l’amour, la haine, la fatalité et la mort. Ces mélodies sont considérées comme des musiques populaires et
évoquent un passé pittoresque, placé sous le signe de la pauvreté. Au Xxè siècle, le fado fait son entrée dans le théâtre musical et la radio. Le cinéma aussi le magnifie (voir le film «A Severa», de Leitao Ramos, 1931). Le fado va dépasser les frontières du Portugal en gagnant sa réputation internationale. La dictature de Salazar a parfois compromis le fado. Lors de la Révolution des oeillets, en 1974, il a même été reproché à Amália Rodrigues, décédée en 1999, chanteuse qui a popularisé cette musique au delà des frontières lusitaniennes, ses accointances avec le pouvoir totalitaire. À tort, on l’a su plus tard, elle aida même le PCP clandestin. En ce début de siècle, de nombreux jeunes talents se le réapproprient et y incluent des airs d’autres contrées.

 Mariza interprète un fado



Par carlinhos - Publié dans : histoire
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Commentaires

Le fado laisse des chaines aux pieds des portugais. Il n a de beauté que son pouvoir d introversion; il a la responsabilité d une forte résignation....on ne regarde pas l horizon en écoutant du fado....
Commentaire n°1 posté par anonyme le 04/06/2008 à 11h33
La joie doit elle être une affection supérieure à la tristesse ? Spinoza disait " Qui imagine détruit ce qu'il aime sera trsite ; et, s'il l'imagine conservé, joyeux."

nous pouvons nous demander en quoi consiste cette résignation dont vous parlez. La saudade exprime un sentiment, une affection qui n'est pas obligatoirement négative puisque il y a une part de joie dans cette tristesse. Peut-être est-il bon de ne pas se complaire dans la tristesse ( afin de ne pas être joyeux par défaut ) ...
Réponse de carlinhos le 05/06/2008 à 09h42

Amis Carlosiens, bonjour!

Merci Carlos pour cette escale historique et culturelle. Je suis intriguée de voir à quel point les thèmes abordés par le fado, et l'émotion qu'il dégage sont en phase.

Ce qui m'a le plus surprise quand j'ai écouté quelques morceaux de Mariza sur Youtube, c'est l'émotion qu'on lit sur son visage. A mon sens, cette splendide chanteuse combine à la perfection sa voix chaude avec une certaine expression mélancolique. Et je trouve pourtant qu'elle dégage un sentiment de bien-être, qui ressemble vraiment à l'émotion que nous ressentons en l'écoutant (en ce qui me concerne, je dirais de la mélancolie, de la tristesse peut-être, mais avec une incroyable sensation de plaisir et de bien être). On s'en rend bien compte sur ces deux liens : http://fr.youtube.com/watch?v=pHzaIK8fGVg, http://fr.youtube.com/watch?v=TeOhPR_0x8E, et avec le morceau "Chuva" que tu as mis sur ton site Carlos.

Le plus fort, c'est que ce même sentiment de plaisir enlacé à la mélancolie, se ressent tant en écoutant le fado, qu'en regardant par exemple Mariza (ô combien sublime il faut bien le dire), mais aussi en le dansant. Il serait d'ailleurs intéressant de se pencher sur les textes pour voir si ces mêmes sensations se détachent à travers la littérature.

Le fado, "une pensée qui se danse", une danse qui se pense?

Merci Carlos.

Glouglou

(PS : "Le fado est une sorte de château magique sans limites d'espace, dans lequel chacun peut vivre ses émotions en toute intimité, y rencontrer les fantômes qui lui ressemeblent, et y puiser sa propre lumière", Mario Pontifice http://www.portugalmania.com/culture/fado/fado1.htm)

Commentaire n°2 posté par Glouglou (Hélène) le 20/05/2008 à 12h56

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