Le fado peut-il se danser ?
Le fado est connu aujourd’hui comme un chant et un genre musical de la culture Portugaise exaltant la Saudade ( sentiment ambigu fait de tristesse et de joie ). Cependant le fado aurait une origine plus métissée : il serait né au Brésil sous forme d'une danse combinant le lundu et le fandango.
Pouvons-nous
aujourd’hui danser le fado ? Son rythme et son chant mélancolique peuvent nous faire penser à l’esprit du tango argentin. Nous pouvons rappeler
ici la célèbre définition du compositeur Enrique Santos Discépolo
:
le tango est une pensée triste qui se danse. Peut-il en être de même du fado aujourd’hui. ?
Présentation du fado :
Le fado, chanson urbaine populaire de la ville de Lisbonne, a surgi, selon les sources existantes, dans la deuxième moitié du
XIXè siècle. Le fado exprime une forme inégalable, jusqu’à
aujourd’hui, mêlant des sentiments de fatalisme au destin sous-jacent du quotidien. Venu du latin fatum, il signifie destin. Le fado est le fruit de tous les métissages qui ont traversé le
Portugal. Mélange de lundum, chant brésilien d’origine africaine ramené par les esclaves brésiliens vers 1822 au Portugal, et de modinha, chanson de salon de ce siècle, il se marie avec le
fandango, danse portugaise originaire d’Espagne, et à la fofa, danse lusitanobrésilienne.
Au même moment apparaît la guitare à douze cordes de la famille des cistres qui accompagne le fado. Cette guitare a été
introduite par la colonie britannique résidant à Porto. Originaire de Lisbonne et de Porto, le fado s’étend ensuite à Coimbra, longtemps première ville universitaire dans laquelle les étudiants
chantaient des sérénades et des chansons satyriques. Vers 1830, le fado devient le chant des malfamés issus des quartiers populeux de la ville. Le rapport entre la voix et l’instrument devient
alors direct, et le style vocal très expressif est sensé compensé les lacunes du vocabulaire populaire. Le peuple se réunit dans
les bars pour écouter la légendaire fadiste Maria Severa Onofriana dite «la Severa». Cette prostituée de l’ancien quartier maure de la Mouraria sera assassinée en 1846. Quelques années plus tard,
Alfredo Duarte Marceneiro, ébéniste naval, syndicaliste fameux, met le fado en scène, en inventant la tenue noire et l’attitude du
fadiste qui chante les yeux fermés. Au XIXè siècle l’aristocratie et
la bourgeoisie récupèrent cet art populaire. On distingue alors le fado de Lisbonne de celui de Coimbra, plus académique et
intégrant le folklore campagnard à la poésie. Le fado aurait une origine maritime. Certains évoquent aussi la saudade, nostalgie,
des marins éloignés pour de longs mois de leurs pénates.
Le fado comporte une immense variété de litanies abordant invariablement l’amour, la haine, la fatalité et la mort. Ces mélodies sont considérées comme des musiques populaires et
évoquent un passé pittoresque, placé sous le signe de la pauvreté. Au Xxè siècle, le fado fait son entrée dans le théâtre musical et la radio. Le cinéma aussi
le magnifie (voir le film «A Severa», de Leitao Ramos, 1931). Le fado va dépasser les frontières du Portugal
en gagnant sa réputation internationale. La dictature de Salazar a parfois compromis le fado. Lors de la Révolution des oeillets, en 1974, il a même été reproché à Amália Rodrigues, décédée en
1999, chanteuse qui a popularisé cette musique au delà des frontières lusitaniennes, ses accointances avec le pouvoir totalitaire. À tort, on l’a su plus tard, elle aida même le PCP clandestin.
En ce début de siècle, de nombreux jeunes talents se le réapproprient et y incluent des airs d’autres contrées.
Mariza interprète un fado

